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LE SPEAKEASY N’A PAS DIT SON DERNIER MOT

Francesco et Davide du Moonshiner

Avec la démocratisation des bars à cocktails, le concept apparaissait quelque peu ringardisé. Pourtant, à Paris comme en province, il continue de faire des émules et semble parfaitement adapté aux nouvelles contraintes sanitaires.

Planqué derrière une pizzeria, une cabine téléphonique, une taqueria, une machine à laver ou même une étagère d’épicerie, le speakeasy cultive son jardin secret. Si le concept est né pendant la Prohibition, c’est aux États-Unis au mitan des années 2000 qu’il revient au goût du jour et accompagne le renouveau de la scène cocktail. Le PDT, le bar new-yorkais qui a bâti sa légende sur sa cabine téléphonique nichée au fond d’un resto à hot-dogs, fait des émules et truste les classements des meilleurs bars de la planète.

« Pour pénétrer dans l’antre du Mobster Bar, on décroche le combiné de téléphone installé rue de Crussol et on répond à la question posée. »

Nous sommes en 2007 et le monde du bar se prépare à une déferlante de speakeasies. Alors que le concept s’étiole dans les pays anglo-saxons, il trouve un second souffle en France en 2011 avec l’ouverture de la Candelaria. 2 ans plus tard, le Moonshiner, logé derrière une pizzeria située non loin de Bastille, fait un carton en reprenant tous les codes de la Prohibition : bartenders en bretelles, déco années 1920, playlist orienté jazz et swing…

Les bars cachés se multiplient, à Paris – le Little Red Door, la Mezcaleria, le Lavomatic – comme en province – le Carry Nation à Marseille, le Symbiose à Bordeaux.

Ils prennent le train en marche jusqu’en 2015 et trouvent très vite leur public. Avec la popularisation du cocktail et la multiplication des adresses ayant pignon sur rue, le speakeasy plafonne et si les établissements existants poursuivent leur bonhomme de chemin, les ouvertures de bars cachés s’espacent dans le temps. Complètement ringardisé dans les pays où la culture cocktail est forte, le speakeasy fait de la résistance en France.

Pourquoi ça marche ?

Il est forcément caché, donc on n’entre jamais dans un speakeasy par hasard. Au Lavomatic, on se glisse derrière la machine à laver d’un… Lavomatic ; au Moonshiner, on traverse la chambre froide d’une pizzeria ; et chez l’Épicier, on tire sur une boîte de semoule installée sur l’étagère d’une épicerie de nuit. Grâce à son accès réservé aux initiés, le speakeasy offre à ses clients le sentiment d’appartenir au groupe de ceux qui savent et procure une sensation d’exclusivité.

« Mobster Bar »

Au-delà de l’accès au bar, le bar caché propose souvent une expérience en immersion totale. Tandis qu’on déambule sur un trottoir parisien, on se retrouve immédiatement plongé dans les années 1920 lorsqu’on pousse les portes du Moonshiner. Davide Piccone Kasa, le bar manager du lieu caché de la rue Sedaine, n’en dit pas moins : « Les clients ont l’impression d’entrer dans un endroit suspendu, ils oublient qu’ils sont à Paris et la déco années 1930 aide à déconnecter. »

Si le speakeasy ne reprend pas forcément les codes de la Prohibition, sa déco propose quasi systématiquement un espace à l’ambiance très marquée qui invite au voyage dans le temps ou dans l’espace

À l’Épicier on plonge dans une atmosphère marocaine tandis que la Mezcaleria fait référence au Mexique et que le Baranaan reprend la déco des trains indiens dans une version plus confortable que l’originale. Ces lieux présentent à leurs clients un espace qui permet d’échapper, le temps d’une visite, aux affres de la vie citadine.

Retrouvez cet article en intégralité dans le magazine BARMAG n°148 d’octobre 2020. Pour vous abonner, cliquez-ici !

Écrit par Jonas Vallat

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