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RUIN BAR, LA TENDANCE DÉBARQUE EN FRANCE

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S’ils cartonnent en Europe de l’Est, ces établissements dignes de squats artistiques portés par la culture underground, commencent à percer chez nous. Dès juillet dernier le Flan’, autrefois pub irlandais, jouait ainsi la première note de cette gamme à Lyon. Fin septembre, le Ruin Bar de Nantes lui emboîtait le pas. Zoom sur le phénomène.

Espace surdimensionné, murs recouverts de graffs, mobiliers de récup’ et musique underground : Nantes lance l’offensive des Ruin Bar dans l’Hexagone avec un établissement éponyme ouvert le 30 septembre dernier. Installé place du Bouffay, en cœur de ville, là où se trouvait anciennement le Peter Mc Cool, cet endroit totalement insolite s’inspire d’un concept déjà éprouvé en Europe de l’Est à l’instar de ceux que l’on trouve à Berlin, à Budapest ou encore à Varsovie.

«Le lieu n’a pas vocation à durer, explique Yann Vallée, directeur de l’établissement. En début d’année commenceront des travaux pour une toute nouvelle brasserie et la distribution des locaux sera entièrement revue. Aussi, en attendant les autorisations nécessaires, nous avons eu l’idée de ce bar éphémère qui fermera ses portes en février 2022.»

En attendant, les riverains et autres chalands se ruent vers l’établissement qui, sous ses apparences de squat artistique dévasté, a toutes les autorisations relatives au bon fonctionnement d’un bar. Ainsi peut-on y consommer des cocktails (6,50 €), des bières (3,90 €) et tous les autres mets (tapas, burgers…) que l’on retrouve dans les bistrots voisins. Comme ses modèles d’origine, le Ruin Bar a placé la créativité au cœur de son dispositif.

«Une vingtaine d’artistes des collectifs locaux “On fait le mur “et “Inglorious bar stard” se sont chargés durant 4 jours, et en totale liberté, des graffs du lieu», détaille Yann.

Ils se sont notamment inspirés de Budapest et de Berlin où sont nés les premiers Ruin Bar, tout en insufflant à leurs créations une atmosphère digne des années 1980-90. Côté musique, ce sont là encore des DJ locaux qui, derrière les platines, se succèdent du mercredi au samedi, avec parmi eux la présence de NoJack, résident du Warehouse, un club nantais incontournable reconnu à l’international. De quoi fédérer une large population, avec depuis l’ouverture pas moins de 150 visiteurs par soir.

Le pub est passé de mode, le Ruin Bar dessine un avenir

À Lyon aussi on tente l’expérience. Longtemps dénommé le Flanigan’s, l’établissement situé en bas de la Croix-Rousse, qui jouait jusqu’alors les couleurs du pub irlandais, a lui aussi succombé à la tendance Ruin Bar. Rebaptisé le Flan’Ruin Pub, ce lieu désormais porté par la culture underground projette les Lyonnais outre-Rhin dans un univers digne des meilleurs squats hongrois.
Un véritable choc pour les habitués de feu le Flanigan’s qui voient désormais leur fief on ne peut plus propret totalement revisité. Graffs à gogo, meubles de récup’, murs végétalisés, ancien tank en cœur de scène… Restent juste les 200 m², partagés en 2 étages, et les 3 différentes salles.

«Le concept du pub irlandais est désormais un peu dépassé, explique Vincent Covolo, le gérant. Aujourd’hui, la plupart des gens vont dans des bars à bières puisque la communauté irlandaise et anglo-saxonne, jusqu’alors très présente dans notre pub, n’était plus suffisante. Il fallait développer notre offre, trouver un second souffle. Pour repenser notre concept, le confinement s’est révélé le meilleur moment. Pour vous raconter l’histoire, notre pub a été squatté pendant la Covid et de fil en aiguille, l’idée du Ruin Bar, que je connaissais grâce à mes voyages, s’est imposé à nous.»

Afin de fignoler le toilettage de l’établissement, Vincent Covolo s’est associé à l’artiste lyonnais Bur – Arthur Millot – qui s’est chargé des graffs.

«Depuis notre changement d’identité, notre clientèle s’est renouvelée et notre CA est très largement supérieur à celui d’il y a 2 ans, confie le gérant de l’établissement. Cet environnement est très propice à la fête, à la convivialité. Il y a une notion d’accessibilité et de simplicité.»

Aussi les soirées se suivent et ne se ressemblent pas, avec une programmation des plus éclectiques : concerts, blind tests et venue de DJ du jeudi au samedi jusqu’à 4 heures du matin.

À l’origine des Ruin Bar : la chute du communisme

Apparus dans les années 2000 à Budapest, les Ruin Bar, également appelés les « Romkocsma » ( «bars en ruines »), sont devenus dans la capitale hongroise des lieux incontournables qui font maintenant partie du patrimoine historique. À leur origine : la chute du communisme, et des habitations longtemps restées inoccupées, dégradées, que le peu de propriétaires restants, n’ayant pas eu les moyens de rénover, ont décidé de louer pour des sommes dérisoires à des gérants de bars. Des établissements aux superficies conséquentes, relookés à la sauvage avec des matériaux et des meubles de récupération qui devinrent très vite des lieux branchés.

À Budapest, le plus connu d’entre eux n’est autre que le Szimpla Kert, le premier du genre dans la ville, désigné par le Lonely Planet comme le 3e meilleur bar du monde. Il a ouvert ses portes en 2002, dans un immeuble en ruines occupé jadis par des appartements et une usine. L’établissement à l’empreinte industrielle, vintage et délabrée, est bâti sur plusieurs étages et rassemble tous les éléments inhérents à la culture underground : graffs, fauteuils de fortune, objets des années 1980… sans omettre une programmation événementielle extrêmement riche : concerts, ateliers artistiques, projections de films, pièces de théâtre, marchés de producteurs locaux…

Une référence en la matière, qui a ouvert la voie à la création d’une vingtaine de bars du même type dans la capitale magyare. Parmi eux, l’Instant s’est lui aussi imposé, au fil des années comme un haut lieu de festivités. Sa force réside dans sa superficie puisque le bar est installé sur 2 bâtiments qui rassemblent pas moins de 23 pièces. S’y côtoient des pistes de danse à thème et aussi des espaces plus intimistes où l’on peut échanger paisiblement en sirotant un verre. Un lieu haut en couleur qui, comme tous les autres établissements de ce type, fait partie intégrante du paysage hongrois et officie en toute légalité.

Carnet d’adresses

Le Ruin Bar
13, allée du Port-Maillard
44000 Nantes

Le Flan’Ruin Pub
12, rue du Griffon
69001 Lyon

Le Szimpla Kert
Kazinczy u. 14
Budapest 1075
HONGRIE

L’Instant
Akácfa u. 51
Budapest 1073
HONGRIE

Écrit par Gérald Dudouet

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