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WORLD CLASS 2026 : LE FRANÇAIS ROMAIN GOLOVKO DANS LA COURSE AU TITRE MONDIAL

Du 18 au 23 octobre 2026, Édimbourg accueille la finale mondiale de World Class, avec 51 finalistes internationaux. Après huit ans d’absence, la France fait son grand retour avec Romain Golovko, bartender à La Gobeleterie, à Dijon. Il a décroché son ticket pour l’Écosse en obtenant le titre de Bartender of the Year France lors de la finale européenne de Rotterdam, fin juin. Prochaine étape : transformer l’essai et viser le titre mondial !

Huit épreuves pour faire la différence

Parmi les 12 finalistes de la sélection française, retenus sur 71 inscriptions, trois bartenders se sont qualifiés pour la finale européenne de World Class : Paul-Antoine Herbet, du bar 1802, Émilien Way, de Bar Nouveau, et Romain Golovko, de La Gobeleterie. C’est ce dernier qui y a décroché le titre français, validant son billet pour le grand rendez-vous mondial. Passé par Marseille, Londres et la Bourgogne, Romain connaît aussi bien les coups de feu derrière le comptoir que les exigences du service haut de gamme. Depuis cet été, il peaufine sa préparation avec les équipes de Diageo. Face à 50 concurrents, il lui faudra dégainer juste, garder la tête froide et convaincre le jury. À la clé : le titre de World Class Global Bartender of the Year 2026. Rien que ça ! Au programme de la compétition : huit challenges autour des marques du groupe, où technique, créativité et sang-froid seront de rigueur :

Destination Drinks : un cocktail signature racontant le bar, la ville et l’univers du candidat.

The Slow Train – The Singleton : un accord cocktail-mets servi à bord d’un train en direction de la distillerie Glen Ord.

Under Pressure – Don Julio : un cocktail en canette, avec un design spécifique.

Community Spirit – Ketel One : trois défis autour du Martini, d’une dégustation à l’aveugle et d’une création à partir d’une boîte mystère.

Iconology – Tanqueray N° TEN : un cocktail qui en impose visuellement, sans oublier le goût.

Fast Forward – Johnnie Walker : trois cocktails pour démontrer technique et créativité.

The Top Table : les 12 mieux classés servent à quatre experts un menu en trois temps, du cocktail sans ou à faible teneur en alcool au Destination Drink.

The Final Showdown : les 12 finalistes présentent leur Destination Drink à 50 invités, qui votent pour leur favori.

Un jury de haut vol

Seize professionnels du bar internationaux, parmi lesquels Monica Berg, Ago Perrone, Erik Lorincz, Bannie Kang et Tifanie Barriere, évalueront les créations. Autant dire que le niveau sera élevé et les regards affûtés !

Pour Romain, l’enjeu est de taille : défendre sa vision du cocktail, jongler avec les briefs et tenir la distance jusqu’au bout. BARMAG l’a rencontré avant la finale pour parler de son parcours, de sa préparation et des créations qui pourraient le propulser au sommet. Allez Romain, toute la France est derrière toi !

Entretien avec Romain Golovko, représentant français à la finale mondiale de World Class 2026

Raconte-nous ton parcours, de tes premières armes aux concours internationaux.

J’ai commencé il y a douze ans et j’ai eu la chance de passer par des univers très différents. J’ai fait mes premières armes au Carry Nation, à Marseille, comme apprenti auprès de Luc Litschgi. J’y suis resté un an et demi. C’est lui qui m’a transmis la passion du métier et m’a donné envie d’aller plus loin. J’ai ensuite rejoint le Shamrock’s Side, toujours à Marseille, pendant trois ans. C’était une grosse machine : on servait jusqu’à 350 boissons par jour ! Ma mission était notamment de développer une offre cocktail dans un pub irlandais. C’était une excellente école pour apprendre à être efficace, à garder le cap pendant le rush et à servir des cocktails de qualité toujours identiques, même en cas de grande affluence. J’ai ensuite passé neuf mois chez Gaspard, l’un des anciens bars phares de Marseille où j’ai rencontré Ben Colombani, le propriétaire, devenu un ami. Il venait du Connaught, à Londres, et m’a transmis les codes du service d’un établissement haut de gamme. Une autre approche du métier, où chaque détail compte. À un moment, j’avais envie de souffler et de changer d’air. Direction Londres, où j’ai passé deux semaines entre recherche et développement (R&D) et perfectionnement de mon anglais. Puis retour en France, en Bourgogne, où j’ai fait un passage à Monsieur Moutarde puis participé à l’ouverture du Bambou, à Beaune. Depuis un an et demi, je suis à La Gobeleterie, à Dijon. Avec Tristan Simon, le propriétaire, on partage pas mal de valeurs, alors qu’on ne s’était jamais rencontrés auparavant. À Dijon, j’avais commencé par un menu tiki, avec un esprit festif et une ambiance de plage. À La Gobeleterie, on revient à l’essentiel : des classiques old school, des bases solides et un vrai travail de sourcing. On tient notamment à privilégier les produits français. C’est une autre façon de raconter les cocktails, mais toujours avec la même envie de bien faire.

World Class, c’était un objectif depuis longtemps. Pourquoi avoir décidé de te lancer cette année ?

C’était un rêve de gosse ! Dans mon parcours, je savais qu’il faudrait que je tente l’aventure un jour. J’attendais que la compétition revienne enfin en France pour me lancer. Je connais bien Olivier Martinez, l’un des ambassadeurs de marque, et j’ai aussi assisté à une masterclass d’Aurélie Panhelleux sur l’hospitalité. Je me suis vraiment préparé. World Class, ce n’est pas seulement une compétition de cocktails. C’est une occasion de sortir de sa zone de confort, de se confronter à d’autres approches et de voir jusqu’où on peut aller. Tu peux avoir de l’expérience derrière le bar, mais il faut aussi savoir remettre tes habitudes en question, défendre tes choix et te réinventer sous pression. C’est exactement ce qui m’intéressait.

Quels cocktails t’ont permis de décrocher ta place en finale européenne, aux côtés de Paul-Antoine Herbet et d’Émilien Way ?

Pour le Farmhouse Challenge avec Ketel One, j’ai présenté One Pepper Please, un cocktail associant Ketel One, du jus de poivron fumé et rôti, du vinaigre de yuzu de Provence et une crème de framboise de Bourgogne. Pour le Hyperlocal Challenge avec Don Julio, j’ai imaginé The Tie Break, à base de Don Julio Blanco, de soda à la fraise Charlotte et à la crème fraîche, relevé de quelques gouttes d’absinthe blanche pour apporter de la fraîcheur. Enfin, nous avons terminé par un Speed Round, consacré à la réalisation de cocktails classiques à partir d’une liste prédéfinie.

Douze jours seulement séparaient la finale française de la finale européenne. Comment as-tu préparé ce deuxième round ?

C’était très court ! Douze jours, ce n’est pas beaucoup pour se faire coacher, retravailler ses recettes et arriver prêt sur une compétition de ce niveau. Il fallait être efficace, aller à l’essentiel et ne pas se disperser. En Europe, les épreuves demandaient des compétences très différentes. Il fallait être capable de construire un cocktail avec une vraie histoire, de travailler avec des contraintes très précises, mais aussi d’improviser avec ce qu’on avait sous la main.

Première épreuve européenne : The Port of Rotterdam, autour de Johnnie Walker Black Label. Comment as-tu abordé ce dialogue entre les cultures ?

Le brief demandait de faire dialoguer deux cultures à travers les ingrédients, avec un produit local de son pays et une inspiration venue d’un autre marché européen. J’ai travaillé autour d’un kvass (une boisson fermentée à base de pain de seigle, d’origine slave), en référence à mes origines familiales, avec un sirop de miel de fleur de moutarde fumé au romarin pour évoquer la Provence, où j’ai vécu. Je voulais évoquer la mer, l’écume et le côté iodé, en construisant un cocktail qui ait une vraie identité aromatique. La fumée apportait de la profondeur, tandis que le miel amenait de la rondeur et que la solution saline permettait de structurer l’ensemble. L’enjeu était de trouver le bon équilibre tout en restant dans l’univers de Johnnie Walker Black Label.

Deuxième challenge : Simplexi-Tea, avec The Singleton 12 ans. Trois ingrédients seulement, dont un thé et un cordial maison. Comment as-tu fait la différence ?

J’ai construit ce cocktail autour de l’eau, à la fois élément fondateur de la vie et composante essentielle de l’identité de The Singleton. J’ai associé le whisky à un thé népalais Kalapani Ujeli, aux notes de rose et de pivoine, ainsi qu’à un cordial d’abricot lactofermenté. L’eau occupait également une place centrale dans ma création : j’ai utilisé une eau de source normande et une eau traitée par osmose inverse, dont la texture soyeuse apportait une sensation particulière en bouche. Tout l’enjeu était de préserver l’expression du whisky, sans que le thé ne prenne le dessus, tandis que l’abricot lactofermenté enrichissait le profil aromatique.

Et puis il y a eu l’épreuve surprise : le Mystery Market Challenge avec Ketel One. Cent euros, trente minutes et un marché. Tu n’en as dépensé que 42 ! Tu avais déjà ton idée en tête ?

Pas du tout ! Je me suis simplement demandé : « Il fait chaud, de quoi ai-je envie ? » Je suis allé du côté des primeurs et j’ai choisi du concombre, de la menthe, du basilic et du miel pour apporter de la texture. Je voulais un cocktail frais, avec une acidité bien marquée, dans l’esprit d’un sour, servi en coupette et garni d’une rondelle de concombre. J’ai préféré miser sur la simplicité plutôt que de multiplier les ingrédients et les techniques. Résultat : je n’ai dépensé que 42 euros sur les 100 euros disponibles !

Au-delà des épreuves, qu’est-ce qui t’a le plus marqué dans cette finale européenne ?

Tout était vraiment bien organisé. L’équipe logistique était très rodée et toujours disponible pour répondre à nos questions et trouver des solutions. Le groupe WhatsApp facilitait aussi les échanges entre finalistes. Mais ce que je retiens surtout, c’est l’état d’esprit. Pendant ces quatre jours, tout le monde était sur la même longueur d’onde. Il y avait de la compétition, bien sûr, mais aussi beaucoup d’échanges et de bienveillance entre les candidats. Cette expérience m’a fait progresser, autant sur le plan humain que professionnel. Depuis la compétition, j’ai reçu énormément de messages de soutien, ce qui m’a particulièrement touché. C’est une grande fierté, car je vois cette aventure comme le reflet de tout le travail accompli derrière le bar depuis une dizaine d’années.

Tu as été coaché tout l’été pour préparer cette finale. Sur quels aspects as-tu le plus travaillé, et qu’est-ce que cet accompagnement t’a apporté, aussi bien techniquement que mentalement ?

Tout d’abord, j’ai été invité au Bootcamp organisé par Diageo à Budapest : deux jours de formation intensive avec de nombreux intervenants, dont le plus célèbre était David Rios, vainqueur de World Class en 2013. De nombreux sujets ont été abordés, mais je retiens surtout l’importance de bien gérer son temps, de donner du sens à ses créations et de savoir précisément ce que l’on souhaite exprimer à travers elles.

Ces dernières semaines, Olivier Martinez est également venu à Dijon pour me coacher personnellement, aussi bien sur les concepts et les présentations que sur la technique. Je peux aussi compter sur le soutien de ma compagne, Mathilde, qui m’accompagne depuis le début de cette aventure, il y a déjà six mois.

À l’aube de cette finale, qui pourrait bien être l’un des moments les plus marquants de ta carrière, dans quel état d’esprit es-tu ? Entre excitation, pression et envie de te dépasser, comment abordes-tu ce rendez-vous ?

J’ai conscience des enjeux, mais je reste assez calme face à la semaine intense qui m’attend. Je suis satisfait de mes cocktails et des concepts qui les accompagnent. À mes yeux, ils sont pertinents et vont au-delà de la simple création d’une recette : ils proposent une réflexion sur la créativité, notre rapport au travail et la manière de concevoir une expérience pour ceux qui la vivent. World Class est avant tout une compétition, mais c’est aussi une plateforme pour exprimer sa vision du métier et affirmer son positionnement. C’est une véritable vitrine. Je pars en Écosse avec la volonté de représenter dignement la scène française du bar, tout en restant ouvert aux rencontres et aux nouvelles opportunités.

Olivier Martinez, ambassadeur de marque chez Diageo France

Après huit ans d’absence, le retour de la France au World Class était très attendu, aussi bien par Helena Henneveld, Global Senior Brand Manager for World Class chez Diageo, que par les organisateurs. J’ai trouvé l’ambiance de cette finale européenne assez détendue. Les candidats ne sont pas en compétition directe avec les autres pays : chacun doit décrocher sa place pour la finale mondiale. Cela permet de s’observer, de découvrir différentes approches et de se concentrer sur ses propres prestations. Nos trois Français ont d’ailleurs affiché des prestations très différentes. J’ai bien sûr accompagné Romain ces dernières semaines, en travaillant avec lui sur ses recettes et son storytelling. Mais il a surtout énormément travaillé et a pu compter sur un entourage solide. C’est aussi un autodidacte qui a une grande capacité d’écoute : il assimile rapidement les conseils, les analyse et sait les mettre en pratique. Au World Class, ce n’est pas forcément celui qui en fait le plus qui l’emporte, mais celui qui commet le moins d’erreurs tout en restant pertinent dans ses choix. À ce niveau, chaque détail compte. C’est ce que nous souhaitons à Romain pour la finale mondiale : qu’il garde sa maîtrise, fasse confiance à son travail et saisisse sa chance.

Sara Moudoulaud, l’une des juges de World Class Europe : « L’expérience de Romain a fait la différence »

J’ai trouvé le niveau globalement bon et assez homogène lors de cette finale européenne. Les écarts entre les candidats étaient souvent très faibles, parfois de quelques points seulement. La France a notamment proposé des prestations très solides. En tant que juge, ce qui m’intéresse aussi, c’est d’observer les produits et les techniques que les candidats mettent en avant, mais aussi les influences culturelles qui transparaissent dans leurs cocktails. C’est presque une étude de marché ! Les pays méditerranéens, par exemple, peuvent davantage jouer sur certains produits ou équilibres aromatiques. J’ai goûté un cocktail italien pour l’épreuve Johnnie Walker Black Label, associant chocolat et oignon. C’était délicieux, avec un équilibre et une construction aromatique remarquables. C’est aussi ce que j’aime dans ce concours : découvrir des idées auxquelles je n’aurais pas forcément pensé. Pour Romain, je pense que l’expérience a fait la différence. Il a quelques années de métier supplémentaires par rapport à Paul-Antoine Herbet et Émilien Way, deux jeunes bartenders très talentueux qui iront loin. Ce bagage lui a probablement permis de marquer des points sur certaines épreuves, notamment lors de la dégustation à l’aveugle. Mais tout s’est joué à peu de chose. Le World Class est une compétition exigeante et complète, qui ne juge pas seulement la qualité d’un cocktail : elle évalue aussi le parcours du candidat, sa technique et sa capacité à raconter une histoire à travers ses créations. Pour la finale mondiale, je lui conseillerais de continuer à travailler comme il le fait. Romain est naturel, bienveillant et sait rester lui-même, même sous pression. Il doit garder cette personnalité, rester concentré sur ses objectifs et ne pas se laisser détourner de sa trajectoire.

Les deux autres finalistes français de World Class Europe

Paul-Antoine Herbet : « Le World Class, une belle leçon de compétition »

Pour moi, le World Class est l’un des plus beaux concours de bartenders au monde. Après huit ans d’absence de la France, je ne voulais pas passer à côté de cette occasion. J’ai beaucoup apprécié la diversité des épreuves de la finale européenne. Lors du Mystery Market Challenge avec Ketel One, j’ai même imaginé une collaboration avec le candidat portugais, qui passait l’épreuve en même temps que moi et avec qui j’avais déjeuné. Nous avons réalisé des cocktails à la structure similaire, mais avec des ingrédients différents, autour de l’idée du partage et d’un verre en terrasse… Le mien associait la rhubarbe à un vermouth français, tandis que le sien mettait à l’honneur la grenade et le porto. J’ai trouvé que la France avait été très bien accueillie et que nous avions tous les trois proposé des prestations solides et bien construites. Pour une prochaine édition, j’essaierai de mieux me préparer et de moins compter sur l’improvisation. Romain, lui, a su privilégier des prestations moins chargées mais mieux maîtrisées. C’est une approche intéressante dont je retiens une vraie leçon.

Émilien Way : « Le World Class est un marathon »

Après trois concours de plus petite envergure, j’ai voulu me confronter au World Class, l’une des compétitions de bartenders les plus réputées au monde. Je m’attendais à affronter des candidats solides, et c’est précisément ce qui me stimulait. Dès la sélection française, le niveau était impressionnant. À la finale européenne, les écarts étaient faibles et la confrontation très enrichissante. Au-delà de la compétition, je retiens surtout une aventure humaine incroyable, avec des rencontres de bartenders et de juges venus d’horizons différents. Je ne suis pas mauvais perdant, mais j’aime bien prendre ma revanche ! Je reviendrai donc avec l’envie de retrouver notamment Paul-Antoine Herbet, un candidat très sérieux, et de me mesurer à nouveau à lui. Romain a beaucoup d’expérience, et ça se ressent lors de ses passages : il est à l’aise et sait bien gérer la pression. Il a aussi un excellent palais, ce qui a fait la différence à Rotterdam. C’est vraiment chouette que ce soit lui qui ait décroché son billet pour la finale mondiale. Il travaille à La Gobeleterie, à Dijon, et c’est une belle illustration du fait que les talents ne se trouvent pas uniquement à Paris. Si je devais lui donner un conseil pour la finale, ce serait de bien lire les énoncés et de garder en tête les critères de notation. Ce n’est pas toujours le meilleur drink qui rapporte le plus de points, mais l’innovation technique ou bien le storytelling.

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Écrit par Laurence Marot

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