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FRENCH BAR AWARDS, L’AVENTURE CONTINUE : INTERVIEW DE SON FONDATEUR, FRÉDÉRIC ROGINSKA

Lancé en octobre 2025, French Bar Awards est le nouveau classement dédié à la scène bar française. Après avoir dévoilé son Top 100 des établissements au printemps dernier, le classement vient de révéler French Bar 101, consacré aux personnalités qui font bouger le secteur. À l’origine du projet, Frédéric Roginska, également à la tête de DistilNews et de BarNews, raconte, aux côtés de Christophe Jumentier, les coulisses de cette nouvelle aventure.

Comment est née l’idée de French Bar Awards ?

Frédéric Roginska : La réflexion a commencé il y a plus d’un an. J’étais régulièrement contacté par des bars de toute la France qui me disaient : « On n’est pas dans les classements internationaux, comment peut-on être reconnus ? » Je sentais une vraie frustration. Beaucoup d’établissements et de bartenders extraordinaires n’ont ni les moyens ni le temps de travailler leur visibilité auprès des médias. Il existe déjà des classements nationaux dans plusieurs pays. Je me suis donc demandé : pourquoi ne pas avoir le nôtre ?

Frédéric Roginska

L’idée était de créer un classement français, mais avec une vraie spécificité : faire travailler l’intelligence collective et donner la parole uniquement aux professionnels de l’industrie du bar. Après la publication du classement, nous avons dévoilé la composition du panel, avec l’accord des votants. Cela permet à chacun de comprendre qui a participé et, en quelque sorte, de faire son propre audit du classement. Nous avons enfin imaginé plusieurs classements annexes : les plus beaux menus de cocktails, la meilleure hospitalité, les cocktails classiques préférés ou les plus servis, afin de faire vivre French Bar Awards tout au long de l’année.

Pour cette première édition, qui a répondu présent ?

549 votants ont participé. Ils sont pour 30% parisiens et pour 70% issus des régions, avec des professionnels de Bordeaux, Lyon et Marseille, mais aussi de La Réunion. Parmi eux, 64% sont bartenders, managers ou propriétaires de bars, auxquels s’ajoutent notamment des brand ambassadors, qui ont la particularité de beaucoup voyager et de visiter énormément d’établissements.

Cette diversité était essentielle. Je voulais éviter un classement construit uniquement depuis Paris. Le résultat est assez parlant : Madame Pang, à Bordeaux, arrive quatrième et devient le premier établissement hors de Paris du classement. L’objectif était de créer quelque chose de lisible, de transparent et d’aussi incontestable que possible, avec une liste accessible à tous.

Quelles sont les grandes surprises de cette première édition ?

La quatrième place de Madame Pang est évidemment une excellente surprise. Voir Carry Nation (8e) et Symbiose (10e) figurer également dans le Top 10 envoie un véritable signal : les meilleurs bars de France ne se trouvent pas forcément tous dans la capitale.

Le Top 3 montre par ailleurs l’influence réelle des 50 Best Bars sur le jugement des bartenders français, chose que j’avoue avoir sous-estimée. Toutes les régions sont représentées, à l’exception de la Corse, et La Réunion a fait une entrée remarquée avec NOLA (37e). Même les bars d’hôtels apparaissent dans le classement, alors qu’ils sont parfois moins accessibles en raison de leur niveau de prix. Personnellement, j’ai aussi découvert des établissements que je ne connaissais pas.

Quels retours avez-vous eus des bars depuis la publication ?

Le classement commence à produire des effets. J’ai notamment bénéficié de nombreuses retombées dans la presse régionale et plusieurs établissements m’ont fait part de retours positifs. J’espère surtout qu’il permettra aux bars de gagner en visibilité et d’attirer de nouveaux clients.

Au départ, une partie de l’industrie était sceptique, et c’était parfaitement légitime. Aujourd’hui, beaucoup ont changé de regard. Le projet a réellement démarré au Whisky Live 2025 : je suis allé chercher les professionnels, j’ai expliqué la démarche, convaincu… C’était un vrai travail de fond.

Pour moi, le classement doit aussi servir de miroir. Il permet de se remettre en question, de regarder ce qui se passe ailleurs et de sortir un peu de ses œillères. Certains établissements se voyaient probablement plus haut, d’autres, au contraire, plus bas, voire pas classés du tout. Ce « reality check », fondé sur les votes d’autant de professionnels, ne laisse clairement pas indifférent.

French Bar Awards ne s’arrête pas au classement des bars. Vous venez de dévoiler French Bar 101, consacré aux personnalités. Pourquoi cette nouvelle liste ?

Parce que le monde du bar, ce sont aussi de belles individualités, et je souhaitais donc naturellement profiter de l’occasion pour valoriser les personnalités qui font vivre la culture cocktail. Dès le départ, notre formulaire de vote comportait six questions, dont l’une demandait aux jurés quelles personnalités les avaient le plus inspirés en France en 2025. French Bar 101 en est le résultat.

La méthode est restée la même que pour les bars. Chaque juré pouvait citer plusieurs noms et il n’y avait ni liste imposée, ni grille de critères, ni pondération selon le métier, la notoriété ou l’ancienneté. Chacun a interprété à sa manière ce que signifiait le terme « inspirant », et une seule règle était imposée : ne pas voter pour soi-même.

Je suis extrêmement emballé par le résultat, par ce que nous en avons fait en proposant ce format spécial, conçu comme un véritable « who’s who » de la filière, ainsi que par les premiers retours enthousiastes que nous avons reçus. Je suis convaincu qu’au-delà d’un simple classement des bars, c’est aussi à travers ce type de format que nous pouvons avoir un impact : par la reconnaissance du travail accompli qu’il vient valider pour certains ou par les futures opportunités qu’il peut engendrer pour d’autres.

Je suis convaincu que, pour certaines personnes présentes dans la liste, il y aura un véritable avant et un après, et que cela en inspirera beaucoup d’autres, qui voudront à leur tour en faire partie.

Cette liste réunit des bartenders, mais aussi des brand ambassadors, des experts, des organisateurs de salons ou des acteurs des médias. Que souhaitiez-vous raconter à travers ces 101 personnalités ?

À vrai dire, c’était une véritable plongée dans l’inconnu. Nous avons posé une question et c’est le jury qui a écrit la suite. On peut facilement tomber dans un effet de halo quand on est autant investi dans un milieu, et se lancer dans une telle expérience grandeur nature était finalement assez inédit.

Le résultat montre que l’influence ne se limite pas au comptoir. Il existe une véritable dimension entrepreneuriale chez beaucoup des profils distingués et, de toute évidence, la notion de transmission est prépondérante. Travailler dans le bar, c’est s’exposer, devant ses clients évidemment, mais pas seulement. Et pour inspirer, il faut partager, être véritablement investi dans la communauté, transpirer l’hospitalité… Tout cela, beaucoup de personnalités présentes dans la liste l’incarnent à la perfection.

D’ailleurs, voir autant de brand ambassadors cités n’est pas anodin. Cela prouve qu’il existe bien davantage qu’une simple relation commerciale dans les liens que certains parviennent à établir. On retrouve aussi deux Meilleurs Ouvriers de France, Christophe Davoine et Jérémy Lauilhé, le champion du monde IBA 2025 Pierre Munier, des formateurs, une journaliste… Tous ces profils sont complémentaires : sans celles et ceux qui forment, écrivent, organisent ou portent les marques, les bars ne rayonneraient pas autant.

Ce que je retiens également des biographies que nous avons partagées dans ce format, c’est que beaucoup d’entre nous sont arrivés dans cette filière par un autre chemin : la menuiserie, le droit, la chimie, la philosophie, le jeu vidéo ou l’aéronautique. C’est aussi cela, la force de cette culture : le fait qu’elle attire des profils venus de tous les horizons.

Cette première édition dessine-t-elle aussi une histoire de la scène cocktail française, avec plusieurs générations réunies ?

Certainement ! D’un côté, une nouvelle génération se fait une place ; de l’autre, une génération plus ancienne montre qu’elle est plus que jamais présente. Si certains, à regret sans doute, semblent moins présents dans les esprits et donc dans les résultats, je suis persuadé que toutes ces générations cohabitent en réalité et continuent de se nourrir les unes les autres.

Surtout, l’aspect probablement le plus intéressant de ce projet est que nous sommes en train de poser les premières pierres d’un véritable référentiel, que nous pourrons réexplorer chaque année afin d’observer objectivement les évolutions de toute une filière.

Après cette première édition, quels sont vos projets pour 2027 ?

Je prépare actuellement une véritable cérémonie autour du classement 2027, dont les votes débuteront dès le début du mois de janvier. J’aimerais l’organiser à la fin de l’hiver ou au tout début du printemps, qui sont traditionnellement des périodes plus compliquées pour les bars. Le classement doit devenir un rendez-vous identifié de la profession, un moment où l’on se retrouve, où l’on échange et où l’on célèbre celles et ceux qui font avancer la scène bar française.

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Écrit par Mathilde Alice

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