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GABRIEL BOUDIER WIZARD AWARDS 2026, COLIN LACH, LE NOUVEAU « LIQUORISTE » DE LA MAISON DE DIJON

Le 11 mai dernier, la maison Gabriel Boudier organisait la deuxième édition française des Wizard Awards, son concours invitant les professionnels du goût à imaginer une liqueur originale. C’est Colin Lach de Nuage à Dijon qui s’est imposé avec sa liqueur de baies roses. Une création qui rejoindra le catalogue de la maison en 2027.

Une édition aux profils aussi variés que les créations

C’est dans les murs de Gabriel Boudier, à Dijon, que la maison a accueilli les six finalistes venus des quatre coins de la France. Le grand jour était enfin arrivé : celui de découvrir s’ils avaient l’étoffe d’un liquoriste avec une recette peaufinée pendant plusieurs semaines, sélectionnée parmi 55 créations reçues, avant d’être soumise au regard exigeant d’un jury d’experts. Le verdict tomberait dans la soirée, au moment où résonnerait le gong de la meilleure liqueur du Wizard Awards 2026.

« Cette édition a été particulièrement intéressante car les profils étaient très variés, des barmaids passionnés de pâtisserie au cheffe barmaid qui pilote la partie cocktail du restaurant familial. Wizard Awards n’est pas un concours réservé aux bartenders mais s’ouvre plus largement aux métiers de bouche qui s’intéressent au goût », explique Mailys Nier, responsable marketing Effervescents & Spiritueux.

Des cuves au laboratoire R&D, une immersion dans le process de production

Avant d’entrer dans la compétition, les finalistes ont eu droit à une plongée dans les coulisses de Gabriel Boudier, maison dijonnaise forte d’un savoir-faire cultivé depuis 1874. Première étape : la distillerie. Entre alambic à vapeur, alambic en caisson et vaste zone de macération, les candidats ont découvert l’envers du décor où fruits, épices, racines et plantes prennent lentement vie dans près de 500 cuves.

« Nous souhaitons montrer notre capacité industrielle pour produire des volumes importants, mais aussi permettre aux finalistes de comprendre toutes les étapes de fabrication. Nous leur avons également fait déguster une trentaine de recettes parmi nos 60 références », détaille Bryan Janus, responsable Trade Marketing & Brand Activation. Deuxième arrêt : le laboratoire R&D Rob Cooper, baptisé en hommage au créateur de la célèbre liqueur St-Germain. Véritable terrain de jeu créatif composé de cinq personnes, il concentre tests, expérimentations et développement de nouvelles références.

« Nous leur avons présenté notre équipe d’ingénieurs spécialisés et un équipement particulièrement complet. Nous réalisons notamment des macérations à ultrasons qui prennent vingt minutes contre trois à cinq semaines dans des cuves traditionnelles », précise Bryan Janus.

Une finale française d’un très haut niveau

Le début de soirée marque l’entrée dans le vif du sujet. Objectif : défendre sa création et réaliser deux cocktails, un long drink et un short drink, capables de révéler le plein potentiel de la liqueur, le tout en vingt minutes. Pour départager les candidats, la maison avait réuni un jury mêlant expertise terrain, vision marché et savoir-faire liquoriste : Claire Battault-Couchoux, directrice générale de Gabriel Boudier, Jack Rackham, Managing Director d’Emporia Brands, Pierre Gauville, directeur Fine Beverages Collection, Nicolas Goradesky, Head Bartender du Cambridge Public House, et Marc Besson, Bar Manager de L’Officine à Lyon.

Face à eux, six profils aussi différents que leurs créations. Matteo Maroccu, mixologue indépendant basé à Paris, a exploré un terrain entre amertume et fraîcheur avec une liqueur de rooibos et d’épices. Jérôme Vogel, pâtissier du restaurant étoilé Le Bon Accueil à Malbuisson, a surpris avec une liqueur de raifort inspirée de la gastronomie. Étienne Henry, du Crystal Bar à Nancy, s’est aventuré du côté du tamarillo, une tomate sud-américaine encore peu utilisée en mixologie. Colin Lach, du bar Nuage à Dijon, a misé sur la baie rose tandis que Thomas Scott, du tiki bar L’Archipel, a choisi un ingrédient bien plus nordiste : la chicorée. Mandy Flambard, de L’Esprit du Samaritain à Uzès et seule femme de cette finale, a quant à elle travaillé la main de Bouddha.

« J’ai trouvé que c’était une très belle édition avec un niveau particulièrement élevé. L’expérience a été aussi enrichissante pour moi que pour les candidats », souligne Nicolas Goradesky.

Même constat du côté de Mailys Nier : « Tout le monde a été unanime sur le très haut niveau cette année. Les recettes étaient originales, construites et très abouties. » Une finale où créativité et exigence technique ont clairement joué dans la même équipe.

La première place pour Colin Lach de Nuage avec sa liqueur de baies roses

Ce n’est pas la première fois que Colin Lach convainc un jury, mais cette année, le chef barman et coassocié de Nuage à Dijon a franchi un cap en endossant, le temps d’un concours, la casquette de liquoriste. Sa liqueur de baies roses, Pink Pepper, a remporté tous les suffrages et rejoindra le catalogue Gabriel Boudier en 2027. La maison a été séduite par la cohérence globale du projet : sourcing réfléchi, construction économique solide, profil aromatique accessible mais singulier et un nom pensé pour voyager bien au-delà des frontières françaises.

« Il s’est démarqué sur l’ensemble de sa prestation. Il a su expliquer tout le processus créatif jusqu’à imaginer l’étiquette. Les deux cocktails étaient simples, précis et mettaient parfaitement en valeur la liqueur. C’est très intéressant de sortir les bartenders de leur zone de confort du cocktail. J’ai aussi tenu à faire un retour aux autres candidats, c’est important. J’ai trouvé toutes les liqueurs réussies », explique Nicolas Goradesky.

Au-delà du chèque de 1 500 euros, Colin Lach décroche surtout une récompense rare dans ce métier : passer du comptoir au produit et inscrire son nom dans la lignée des créations signées Gabriel Boudier. Pour les prochaines éditions, la maison réfléchit déjà à faire évoluer le format afin d’élargir encore l’accès au concours. L’idée : s’inspirer du modèle britannique avec des demi-finales organisées dans plusieurs villes françaises pour renforcer la visibilité des Wizard Awards et faire émerger davantage de talents venus de toute la scène cocktail française.

Colin Lach, lauréat des Wizard Awards 2026

Peux-tu nous détailler la démarche dans la création de la liqueur de baie rose ?

Au départ, je m’étais intéressé à l’idée de créer une liqueur autour du champignon avec la trompette-de-la-mort. J’avais réalisé plusieurs essais et nous l’utilisons chez Nuage, mais ce produit restait coûteux et parlait surtout à un public de bartenders. J’ai troqué mon tablier de barman pour celui de liquoriste avec une approche totalement différente. Il faut trouver un équilibre entre qualité, originalité et accessibilité.

Je me suis alors tourné vers deux ingrédients familiers pour le grand public : la baie rose et le laurier. Après plusieurs recherches, j’ai constaté qu’il existait déjà des liqueurs de laurier, mais pratiquement aucune liqueur de baie rose. On retrouve surtout cet ingrédient dans certains gins. Ce choix cochait plusieurs cases : un produit sec, avec un coût matière raisonnable, une vraie identité aromatique et un potentiel marketing intéressant. Même le terme anglais pink pepper possède une sonorité attractive pour les consommateurs.

Par rapport au concept de Nuage, qui privilégie habituellement des produits français, j’ai dû faire une exception puisque la baie rose provient principalement de Madagascar ou du Brésil.

J’ai ensuite imaginé une recette volontairement simple et lisible. La première étape consiste en une macération des baies roses dans un alcool à 50° pendant 72 heures afin d’extraire les notes fruitées et boisées. Pour révéler davantage le côté floral, j’ai réalisé une seconde macération à froid, dans de l’eau à 3°C pendant 24 heures, selon une logique proche du cold brew. Cette infusion est ensuite réduite en sirop, filtrée puis assemblée avec la première macération.

Enfin, il y a eu tout le travail de rectification, notamment sur la couleur, afin d’obtenir un rose vif grâce à un colorant naturel et un ajustement à l’acide citrique. La recette reste volontairement légère en sucre, autour de 165g/litre afin de préserver sa versatilité. Je préfère laisser aux bartenders la possibilité d’ajuster eux-mêmes l’équilibre de leurs cocktails.

Explique-nous les deux recettes, short et long drink, qui mettaient en valeur la liqueur.

J’ai appliqué la même philosophie que pour la liqueur : proposer des cocktails accessibles, avec des recettes simples à comprendre et des noms immédiatement évocateurs.

Pour le long drink, Rose Highball, j’ai travaillé la liqueur avec une Fine Calvados servie très fraiche, du verjus Gabriel Boudier pour l’équilibre, un sirop riche et de l’eau gazeuse. Le cocktail est servi avec un médaillon de pomme saupoudré de baie rose. L’idée était de mettre la liqueur en avant de manière subtile et élégante.

Pour le short drink, Pink Pepper Sour, j’ai imaginé une recette plus intense, destinée aux amateurs de cocktails plus affirmés. J’ai associé la liqueur au gin Bourguignon infusé aux bourgeons de cassis, ainsi qu’à la crème de cassis de Gabriel Boudier, du jus de citron jaune et un sirop simple. Le cocktail est servi dans un verre Nick & Nora paré d’un rim à base de poudre de baie rose et de cassis. Le résultat est plus riche, plus gourmand et beaucoup plus centré sur la liqueur de baie rose.

Qu’est-ce qui a séduit les juges dans ta proposition ?

Je pense que j’ai abordé le concours avec une vision de liquoriste plutôt que de bartender. J’ai intégré une vraie réflexion technique mais aussi économique, notamment sur le coût des matières premières et la faisabilité du produit. Le format du concours est d’ailleurs très exigeant : nous disposons seulement de vingt minutes pour présenter la liqueur ainsi que les deux cocktails qui la mettent en valeur. C’est un véritable challenge.

Y a-t-il d’autres créations qui t’ont particulièrement marqué parmi les concurrents ?

J’ai beaucoup apprécié la liqueur de tamarillo réalisée par Etienne Henry du bar Crystal à Nancy. Le tamarillo est une sorte de tomate originaire d’Amérique centrale. Sa liqueur était excellente, parfaitement équilibrée, avec un vrai côté gourmand.

Que retiens-tu de ce concours et de la visite de la maison Gabriel Boudier ?

Nous avons la chance, en France, d’avoir des maisons de spiritueux comme Gabriel Boudier, capables de mêler tradition liquoriste et culture cocktail contemporaine en action. Le concept même du concours est particulièrement pertinent, car il pousse à réfléchir à la fois comme créateur, technicien et futur producteur.

De notre côté, nous travaillons déjà sur le développement de cette liqueur de baie rose pour un lancement l’an prochain. La maison m’a d’ailleurs demandé de préparer un premier échantillon.

Les 2 recettes des deux cocktails

ROSE HIGHBALL

  • 3 cl de liqueur de Baies Roses
  • 2,5 cl de fine de Calvados 
  • 2 cl de verjus Gabriel Boudier
  • 0,5 cl de Sirop Riche 
  • 10 cl d’eau gazeuse 

ROSE HIGHBALL

PINK PEPPER SOUR

  • 3 cl de liqueur de Baies Roses 
  • 2,5 cl de gin de Bourgogne Gabriel Boudier 
  • 0,5 cl de crème de cassis Gabriel Boudier 
  • 2 cl de jus de citron jaune
  • 0,5 cl de sirop riche 

    (Publi-rédac)

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    Écrit par Laurence Marot

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